Distance parcourue: 1575 km
Faire le tour de la France à pied et traverser la Bretagne en hiver, c’est aller à la rencontre de situations insolites… On se retrouve à traverser des villages déserts qui reprennent vie uniquement l’été, on croise le tournage d’un film dans une ruelle bien typique, on dort dans de jolies maisons de pêcheurs, on finit nos soirées dans des fest-noz et les familles chez qui on dort nous interdisent de repartir sans notre kilo de crêpes…
Bref, faire le tour de la France à pied, c’est rencontrer les habitants du coin, les vrais, et découvrir leur région à travers leur regard, leur façon de vivre, etc… et parfois, oui parfois, nous nous retrouvons dans des situations fort surprenantes.
C’est ainsi que nous débarquons dans une petite ville aux ruelles charmantes. Il est 11h du matin, il bruine et nous ressentons le besoin de nous réchauffer autour d’un bon café. Mais trouver un endroit ouvert est loin d’être une tâche facile ! On arpente une première rue, rien. Une seconde, toujours rien. Dans la troisième il y a bien deux enseignes, mais elles sont fermées. On s’oriente alors vers la rue principale qui n’a de « principale » que le nom et là, miracle, il y a un pub breton d’ouvert ! L’humidité s’infiltre dans nos vêtements, le froid passe par le sol… on est bien contents de se mettre au chaud !
Le pub est vide mais quand nos yeux se sont habitués à l’obscurité du lieu, on distingue au bout du bar un groupe d’hommes qui rient autour de leurs verres de bière. L’un d’entre eux nous lance un sourire franc en guise de bienvenue. Comme musique de fond, « La jument de Michao et son petit poulain » passe en boucle. Le patron du bar vient vers nous, très avenant et fort sympathique.
- Bonjour les randonneurs, j’vous sers quoi ?
- Un thé et un café, s’il-vous-plait.
- Vous voulez pas vous mettre plus au fond du bar ? Sur la banquette c’est plus confortable.
On jette un œil sur la dite banquette, elle est toute déchiquetée.
- Heu… merci, on préfère rester près de la porte, il y a plus de lumière (et d’air frais…).
- Comme vous voulez… Vous venez d’où avec vos sacs-à-dos ? Y’a plus d’touristes en c’te saison !
- Du nord de Dunkerque, à la frontière belge.
- A pied ????
- Oui, à pied.
- Ca fait une trotte, dites-moi !
- Près de 1600 km.
Gros blanc. Dans le fond du bar, la bande de compères a arrêté de trinquer, ils nous regardent, comme si on venait de sortir d’un asile de fous. Soudain, l’un d’eux, aux yeux d’un grand bleu et au sourire jovial nous lance :
- C’est vous qui faites le Tour de France à pied ?
- Oui, c’est nous.
- J’vous ai vus dans Ouest France !
Et il brandit fièrement le journal du jour avec l’article en nous invitant à venir les rejoindre. L’ambiance est bien détendue.
- Whaou, c’est fort, c’que vous faites ! Et vous allez où comme ça ?
- Vers Hendaye.
L’homme au pantalon trop petit manque de tomber de son tabouret.
- Wha ! Et après ?
- Ben, après on passera par les Pyrénées, puis la côte méditerranéenne et on remontera jusqu’à notre point de départ.
- Mais vous faites tout le tour ?
- Oui, on fait « le Tour de France ».
- Hey les gars, vous vous rendez compte ? C’est pas Emile qui f’rait ça !
Et ils partent tous en éclat de rire.
- Et vous voulez pas un p’tit coup de blanc avec nous ? C’est la maison qui offre !
- Merci… mais on doit encore marcher 20 km… La prochaine fois avec plaisir ! Kenavo !
Réchauffés, on reprend nos sacs-à-dos. Dehors, il bruine toujours, certes, mais avec tout ça on est bien ragaillardis.
Aurélie et Laurent
Fans de Bretagne (bis)
Spécialité testée : le far breton, façon « écrasé au fond du sac-à-dos »
Culture générale : « Kenavo », vous l’aurez compris, signifie « Au revoir » en breton, mais aussi « Bon débarras »… mais ça, les parisiens ne le savent pas…
Dons pour Handicap International (cumul au 21 Novembre 2011): 3060€ Un grand merci à Cathy, Sophy et Max (Mélusine Couture) pour leur générosité !!!!!!!